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  • Claude Speranza, Auxonnais
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26 juillet 2020 7 26 /07 /juillet /2020 06:00

CHARMOY-CITY : GRAND TOUR D’ÉTÉ DE NOS RONDS POINTS (2) - du 26 juillet 2020 (J+4239 après le vote négatif fondateur)

    Dans un premier article nos fidèles lecteurs en vacances avaient pu découvrir, en ces heures chaudes de l’été,  les genèses successives des quatre ronds-points à thème qui ornent, pour l’heure, notre cité.

CHARMOY-CITY : GRAND TOUR D’ÉTÉ DE NOS RONDS POINTS (1) - du 24 juillet 2020

    Nous nous attarderons plus spécialement aujourd’hui sur le dernier créé, en 2015 : celui de la place du 10ème de ligne.

     Le personnage qui l’habite présente paradoxalement, en dépit de sa symbolique archaïque, deux qualités appréciées dans notre société néo-libérale : flexibilité et saisonnalité de l’emploi.

     Au gré des mois du calendrier, le personnage que vous nous permettrez de nommer Arthur peut, en effet, successivement : moissonner, trier des oignons à l’aide d’un tarare, ou plus simplement couper du bois. Et il ne compte pas ses heures !

    On retrouve là, en effet, ce vrai génie paysan qui englobait bien des métiers et que le productivisme capitaliste a remplacé par la monoculture mécanisée et chimiquée pour le plus grand bien de la Planète… pouett ! pouett !

    Dommage que ce vrai génie paysan, qui faisait beaucoup avec rien, se retrouve à présent, beaucoup moins souvent par les champs ! Et partout ailleurs encore !

    Mais au fait, qu’est-ce qu’un tarare ?

    Donnons-en une description, à peine farfelue, tirée d’un de nos anciens articles

JOURNÉES DU PATRIMOINE À CHARMOY-CITY - du 19 SEPTEMBRE 2015

      « Le tarare, objet mû par l’énergie renouvelable du bras humain, que prolonge un système bielle-manivelle actionnant simultanément un ventilateur et une grille-tamis n’est-il pas dans sa simplicité de conception et de construction un petit bijou d’efficacité, de créativité technique et d’économie d’énergie.

   Éolienne à l’envers, créant le vent qui sépare le fayot de la cosse […] engin de tri rationnel s’il en fut jamais, séparant le bon grain de l’ivraie, le tarare n’est pas démodé comme quelques crétins persifleurs le déclarent.

       Plus que jamais, et dans de nombreux domaines, ne sommes-nous pas à l’heure du tri sélectif ?

[…] Le tarare, c’est beau, on adore sa trémie jolie et son gentil petit tamis […] »

    Et comme un bon croquis vaut mieux qu’un long discours, offrons à nos lecteurs l’image du tarare, cet oiseau devenu rare, comme bien d’autres d’ailleurs par nos champs où les printemps sont devenus silencieux. (Hommage à Rachel Carson)

   Claudi a réalisé en image la synthèse des trois fonctions et des trois positions prises au fil des saisons  par Arthur, aujourd’hui, comme il se doit, à la moisson !

   Et comme les épis de parade que moissonne Arthur, pour avoir une valeur esthético-symbolique, n’en ont pas pour autant une haute valeur boulangère, nous offrons, aux vrais nostalgiques, la relecture d’un article qui leur fera venir l’eau à la bouche.

   Et leur tirera – qui sait ? – une larme…

 LES BLÉS D’OR (2) - du 26 JUIN 2015  

   Avis de recherche : Où est passée la verve du rédacteur de l’incontournable page facebook Auxonne Info - Actus & Débats ? Forte prime à qui la retrouvera !

 

FLASH DERNIÈRE

    À défaut de verve, notre loustic en carafe relaye ce matin en ligne Le Bien Public. Ce n’est pas très original mais ça change un peu de servir la soupe à son mentor et consorts !

   Voilà notre Auxonne Info - Actus & Débats tombé bien bas ! Oh ! Pardon Môsieur l’adjoint !

CHARMOY-CITY : LE CONSEIL DU 10 PAR LE PETIT BOUT DE LA LORGNETTE - du 12 juillet 2020

Charmoy-City, Arthur fait tout par lui-même, sans directeur de cabinet.jpg

Charmoy-City, Arthur fait tout par lui-même, sans directeur de cabinet.jpg

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 26 juillet 2020 (J+4239 après le vote négatif fondateur)

Publié dans Tourisme

 

 

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7 Tourisme
30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 08:26

CHARMOY-CITY : EN MARCHE, DE BOBINO À L’EMPIRE ? - du 30 Janvier  2020 (J+4061 après le vote négatif fondateur)

  La campagne locale bat son plein. Et ceux qui se frottent les mains, ce sont les marchands de mobilier urbain, de balançoires et autre saint-frusquin qu’on nous promet tout plein, tout plein.

      Promets le Pays de Cocagne, des thés dansants mirobolants et des voyages pour tous les âges, des animations hors-saison, des rues cirées et parfumées, et de la sono à gogo, le grand air pur et la nature, des parcours doux, du roudoudou, à chaque citoyen sa nounou, tu tiens le bon bout mon loulou !

   Au milieu de cette fébrilité, Monsieur le Maire trônait hier en photo et en solitaire devant les façades de la Place d’Armes et dans Le Bien Public. C’est chic !  Faut-il inclure le personnage dans « Le patrimoine remarquable présenté aux habitants » comme l’indique le titre en tête de la pleine page !?

   Depuis dix ans, nous n’avons cessé, pour notre compte, de réclamer son classement !  

    Passons à présent aux choses sérieuses…et tentons d’innover sans grever inutilement les budgets à venir ! Et sans plonger une 50ème fois dans la piscine à sec comme notre collègue Auxonne Info - Actus & Débats !

    Pour écarter le danger de nous voir qualifié d’indécrottable provincial, rappelons d’abord que nous avons élargi nos curiosités de campagne jusqu’à la capitale.

    Nous notions ainsi, dès le 18 janvier dernier : « Notre secrétaire d’État en Marche vient se ranger en bataille derrière le Chalonnais Benjamin Griveaux, candidat officiel d’ « En marche » dans le 14ème arrondissement pour faire pièce au dissident Villani, le mathématicien-poète à l’araignée. »

    « Notre secrétaire d’État en Marche » ? Mais oui ! C’est la très médiatique et très coruscante Marlène Schiappa pour qui nous avons une dilection particulière. Car Marlène, c’est une Bourguignonne après tout !

    Plus de détails dans notre article

CHARMOY-CITY : À PROPOS DE JOCONDE ET DE TROMBINOSCOPES - du 18 Janvier  2019

    Le 28 janvier dernier, c’est un parterre choisi de happy fews, qui était venu soutenir Benjamin Griveaux dans la célèbre salle de music-hall de Bobino surchauffée pour l’occasion. Dans le trombinoscope du Parisien, les fans pourront retrouver « notre secrétaire d’État en Marche » en septième position applaudissant sa tête de liste.

http://www.leparisien.fr/politique/13-photos-du-meeting-de-benjamin-griveaux-et-ses-soutiens-a-bobino-28-01-2020-8246184.php

   Nous n’entendons pas retracer ici les très riches heures de Bobino. Précisons seulement qu’il convient d’ajouter au livre d’or des fastes de la célèbre salle de music-hall, une soirée inoubliable au cours de laquelle « notre secrétaire d’État en Marche » était en scène et en bonne compagnie, mais pas de Benjamin Griveaux cette fois !!

https://www.youtube.com/watch?v=lr4UXEJ3en8

   Regrettons seulement que notre Empire ne soit pas le siège de tels bains de foule !

  Une petite idée, comme ça, en passant, à destination d’une liste locale dont la tête est notoirement proche du tout LREM dijonnais.        

      Pourquoi ne pas tenter à l’Empire, avec l’aval de « notre secrétaire d’État en Marche »  bien entendu, une lecture en première d’un autre ouvrage résolument féministe dont le titre s’orne d’une autre pièce anatomique du blason du corps féministe, dont il n’était pas question à Bobino en mars 2018, mais que nous avons déjà évoqué dans un précédent article

CHARMOY-CITY : LE SCANDALE DES RONDS POINTS INÉGALITAIRES ! - du 22 Janvier  2020

    À programmer d’urgence, pour la Saint-Valentin par exemple !!! Arlette et Gaston sont déjà fanas !

    Un super truc à faire le buzz à l’Empire ! Et le plein de voix sans grandes promesses et sans grands frais !

 

FLASH DERNIÈRE

Le Bien Public titrait hier en ligne

« Finances publiques décentralisées : Montbard et Auxonne n'ont pas été retenues »

    Rapportant que :

     « La ville d'Auxonne avait […] répondu à l'appel à candidatures. « Nous avons rapidement rempli un dossier de candidature, mettant en avant les atouts de la ville et du territoire », nous confirmait le maire Raoul Langlois. L’intérêt principal de cette candidature était pour le premier édile d’espérer accueillir de nouveaux actifs, et avec eux de nouvelles familles. « Cela nous permettrait aussi de réutiliser un bâtiment vide », ajoutait-il. »

    L’article précise : « Néanmoins, seules les 50 premières villes ont été sélectionnées. »       

    Tout espoir n’est pas perdu cependant, car il y aura un deuxième tour. Le journal concluant en effet : « Une deuxième salve sera dévoilée au printemps. »

    Mais si elle pourrait concerner Auxonne, elle ne concernera plus son maire actuel sortant qui ne repart  pas en campagne, pour jouir d’une retraite méritée, à la campagne !

    Nous avions évoqué la question de l’utilisation de l’ancienne gendarmerie dans un précédent article :

CHARMOY-CITY : UN INVENTAIRE ET DES HORIZONS (1) - du 07Janvier  2020

Charmoy-city, quand l'Empire remballe ses bobines pour devenir Bobino.jpg

Charmoy-city, quand l'Empire remballe ses bobines pour devenir Bobino.jpg

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 30 janvier 2020 (J+4061 après le vote négatif fondateur)

Publié dans Figures libres

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7
3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 10:08

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (12) - du 03 janvier 2018 (J+3304 après le vote négatif fondateur)

    À l’heure où la Corse est sous les feux de l’actualité, nous arrivons au dernier épisode de notre feuilleton qui en comptera finalement douze au lieu des dix prévus.

     J’aurai donc trahi Jean-Jacques qui m’avait inspiré mon titre, car ses Rêveries du promeneur solitaire ne comptent, en effet, que dix promenades.

       Il faut dire que la mort surprit ce pauvre  Rousseau dans le cours de sa tâche. Pour la joie de tous mes lecteurs, par bonheur,  j’aurai eu plus de chance !

      Février 1791, Bonaparte a rejoint Auxonne avec son jeune frère Louis. Louis est dans sa treizième année, son aîné va se charger momentanément de son éducation. Il s’installe avec lui dans deux pièces situées à la caserne et non dans l’immeuble Bauffre où réside Lombard, comme l’indique Masson (MASSON  Frédéric, Napoléon dans sa jeunesse, 1769-1793, Paris, Albin Michel, [1922], p. 256).

     Des témoignages inexacts, la fréquentation effective de Bonaparte chez Lombard où il ne logeait pourtant pas, la reconstitution douteuse d’une « Chambre de Napoléon » dans le salon de celui-ci  rue Vauban en 1864, entretiendront bien des confusions à ce propos.

CHARMOY-CITY : VOUS AVEZ DIT « BONAPARTE AU RABAIS » ? - du 9 août 2017

       En ce milieu de février 1791, il reste encore, à Bonaparte, quatre mois à passer à Auxonne avant son départ définitif.

       De ses activités au cours de cette période, nous ne détaillerons que ses démarches pour faire imprimer ses travaux.

      Ayant reçu mission du club d’Ajaccio de faire imprimer sa Lettre à Buttafoco Bonaparte va s’adresser à l’imprimeur Joseph- François-Xavier Joly de Dole.

     Une lettre de Joly, très postérieure, et datée du 14 août 1821 adressée à « M. Amanton à Dijon » est conservée avec un exemplaire imprimé de la Lettre à Buttafoco à la bibliothèque municipale de Dole.

      Claude-Nicolas Amanton, avocat au Parlement de Bourgogne et érudit local, avait été maire d’Auxonne de 1806 à 1811, puis était retourné s’établir à Dijon. Il est en particulier l’auteur de divers articles ou brochures concernant Napoléon Bonaparte. Le courrier de Joly est une réponse à une question d’Amanton au sujet d’imprimés de Bonaparte que Joly aurait détenus

      Au début de cette longue lettre, Joly déclare : « je ne possède aucun autre opuscule de Bonaparte que sa lettre à Matteo Buttafoco, que je lui ai imprimée lorsqu’il était en garnison à Auxonne ». Il donne ensuite  de nombreux renseignements de première main sur ses relations professionnelles avec Bonaparte, sur Bonaparte lui-même, sa mise, son régime, son logement, ainsi que sur son frère Louis.

     On y trouve confirmation  que les deux frères logeaient à la caserne dans « deux chambres blanchies à la chaux ». Joly s’y rendit en effet pour encaisser le prix de son travail d’impression de la Lettre à Buttafoco qu’il avait tirée à « cent exemplaires » à la demande de Bonaparte.

   Il décrit le mobilier sommaire du logement, le ton cordial et bon enfant de la brève rencontre.

     On apprend aussi que Bonaparte venu à pied d’Auxonne se présenta un jour à 8 heures chez Joly à Dole pour y faire imprimer sa lettre, et qu’ « il était vêtu d’une carmagnole et d’un pantalon de toile blanche rayé de bleu, chapeau rond ».

          Bonaparte revint plusieurs fois par la suite pour corriger les épreuves. Des détails horaires donnés par Joly permettent de penser que Bonaparte couvrait le trajet à pied d’Auxonne à Dole en 3 heures ou moins.

     Permettez-nous ici une petite incise. Dans un article en ligne diffusé le 12 octobre dernier par L’Écho des communes et intitulé « Enquête dans la capitale du Val de Saône » le maire d’Auxonne qualifie le Mont-Roland, situé entre Auxonne et Dole, de « frontière psychologique ».

CHARMOY-CITY : ON A DES MERVEILLES À VOUS MONTRER - du 02 novembre 2017

         Visiblement, cela ne valait pas pour le jeune Bonaparte ! Un jour il emmena son « jeune frère qui était curieux de voir comment on imprimait » et qui était vêtu comme son aîné. Les deux frères firent connaissance avec l’abbé Jeantet, alors professeur de mathématiques au Collège de Dole, qui passait visiter son ami Joly.

       L’abbé, « frappé de la physionomie de Bonaparte et de son raisonnement juste et laconique », emprunta à l’imprimeur le manuscrit de la lettre, et tarda à le rendre. L’abbé, ayant quitté Dole pour Besançon y emporta le manuscrit. Il y mourut subitement en 1805. Malgré les recherches entreprises, Joly ne retrouva pas son manuscrit.

      Parlons pour finir des Lettres sur la Corse que nous avons longuement évoquées dans un précédent épisode.

     BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse n° 9 – du 12 novembre 2017 

     De son séjour en Corse, Bonaparte était rentré à Auxonne avec une copie manuscrite faite par Lucien.

       C’est sans aucun doute de cette copie que Joly parle, lorsqu’il écrit à Amanton en 1821 : « vous pouvez assurer qu’il [N.D.L.R. : Bonaparte] est l’auteur d’une histoire politique etc…de l’ile de Corse que je devais lui imprimer en 2 vol. in-12, si son régiment n’eût pas eu l’ordre de se rendre à Toulon. J’ai vu le manuscrit… »

     Le projet de publication chez Joly s’arrêta donc là.

     Une lettre postérieure de Joly à Amanton, datée du 23 janvier 1823, fut publiée en 1827  dans un opuscule en pièce justificative par  son destinataire.

     Cette lettre semble clore définitivement l’affaire. Indiquant en honnête libraire sa source bibliographique précise : « Barry E. O’Meara, Napoléon en exil à Sainte-Hélène, deuxième édition, page 151 du tome II », Joly y rapporte un témoignage de  Napoléon à son chirurgien irlandais :

            « je composai une petite Histoire de la Corse ; je la soumis à l’abbé Raynal qui me donna des éloges, et parut désirer que je la publiasse. […] Je suis bien aise de ne pas avoir suivi ses conseils. […]  ce livre contenait les plus forts arguments contre les gouvernements monarchiques […] et était rempli de sentiments républicains. Je l’ai perdu depuis… »

            Au vu de ce témoignage, Joly va jusqu’à conclure ainsi sa lettre: le « manuscrit en question, que j’ai vu et que j’ai tenu, […] a sûrement été anéanti par l’auteur même, à cause des circonstances dans lesquelles il s’est trouvé par la suite. »

         Tel n’était pas le cas comme nous l’avons  déjà vu. Le manuscrit fut redécouvert une vingtaine d’années plus tard dans le carton du cardinal Fesch, et publié par le Comte Libri !

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (4) - du 06 septembre 2017

     C’est donc sur les péripéties d’un manuscrit du jeune Bonaparte contant l’histoire de son île que se termine notre petit feuilleton du « Promeneur Solitaire Corse ». Feuilleton, qui nous fut inspiré dans l’été par les mésaventures d’un PSC destiné à son musée !

ALBUM UN PSC POUR BONAPARTE du 14 août 2017

Bonaparte à Auxonne, PSC n°12 Porter sa copie

Bonaparte à Auxonne, PSC n°12 Porter sa copie

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 3 janvier 2018  (J+3304 après le vote négatif fondateur)

Publié dans Feuilleton 7

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7
12 décembre 2017 2 12 /12 /décembre /2017 07:40

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (11) - du 12 décembre 2017 (J+3282 après le vote négatif fondateur)

    Indéniablement, avec la spectaculaire victoire électorale des mouvements autonomiste et indépendantiste, l’actualité récente est corse. L’histoire étant un éternel recommencement, nos lecteurs nous pardonnerons peut-être l’anachronisme grossier de cette affirmation : les résultats des récentes élections corses auraient sans doute comblé le jeune Bonaparte de 1790.

        Ce jeune Bonaparte, dont l’âme corse, hérissée par la tyrannie française, inspirait ces lignes d’une lettre, envoyée d’Auxonne le 12 juin 1789, au Général Paoli : « Je naquis quand la patrie [la Corse] périssait. Trente mille Français vomis sur nos côtes, noyant le trône de la liberté dans des flots de sang, tel fut le spectacle odieux qui vint le premier frapper mes regards » (Commandant Maurice BOIS, Napoléon Bonaparte  lieutenant d’artillerie à Auxonne, Paris, Flammarion, 1898, p. 59 et IUNG Th., Bonaparte et son temps, 4ème édition, Tome 1, Paris, Charpentier, 1889,  p. 195)

      Souvenez-vous chers lecteurs, le dernier épisode de notre feuilleton nous avait montré un Bonaparte mûri d’expériences politiques au cours de son long séjour en Corse où il avait rencontré Paoli à Orezza.

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse n° 10 - du 1er décembre 2017  

    La rédaction de ses Lettres sur la Corse était terminée et il en remportait, en s’embarquant pour la France, la copie faite par son cadet Lucien. Restait à la faire imprimer.

       Mais pour l’heure, c’était une autre lettre qui occupait ses pensées : la Lettre à Buttafoco.

      Cette lettre serait bientôt imprimée, ce qui ne fut pas le cas des Lettres sur la Corse dont nous reprendrons l’histoire dans le prochain et dernier épisode de notre série.

      À la différence des Lettres sur la Corse qui embrassent toute l’histoire de l’île, la Lettre à Buttafoco (N.D.L.R. : on écrit aujourd’hui Buttafuoco) était une lettre de circonstance, motivée par les récentes dissensions apparues au sein des élus représentant la Corse.

       Dans le concert de l’histoire épistolaire de la Corse, cette lettre résonne comme un lointain pendant aux quatre Lettres à M. Butta-Foco sur la législation de la Corse écrites par Jean-Jacques Rousseau dans les années 1764-1765, cinq ans avant la naissance de Bonaparte.

     La dernière de ces lettres de Rousseau se termine sur une invitation cordiale : « Je voudrais bien, monsieur, que nous puissions nous voir […] vous serait-il possible l’année prochaine, de vous ménager un passage par ce pays [N.D.L.R. : la Suisse] ? J’ai dans la tête que nous nous verrons avec plaisir, et que nous nous quitterions contents l’un et l’autre. Voyez, voilà l’hospitalité établie entre nous, venez user de votre droit. Je vous embrasse » (Œuvres de J.J. Rousseau, Paris, Lequien, 1821, Tome 5, p. 425). Cette invitation faisait suite à celle de Buttafuoco, offrant à Jean-Jacques un logement dans sa maison en Corse. Échange de politesses qui devait rester sans suite.

     Rien de tel dans  la Lettre à Buttafoco de Bonaparte, comme pourra en juger le lecteur !

    La lettre a été rédigée en Corse, le 23 janvier 1791,  juste avant l’embarquement pour la France.

     Dans le document auquel nous renvoyons, la lettre est datée, comme on peut le constater, du « 23 janvier l’an 2 ».

         F. Masson, dans sa publication de la lettre, donne « 23 janvier l’an II » (Frédéric Masson et Guido Biagi, Napoléon manuscrits inédits (1786-1791), Paris, Ollendorf, 1914,  p.459), il semble pourtant  se référer au même document que nous puisqu’il indique en note « Réimprimé sur l’imprimé de 1821 » (Op. cit.,  p.446).

      J. Tulard, quant à lui, donne « 23 janvier l’an II (de la liberté) »  (Écrits personnels de Napoléon Bonaparte (choix et présentation de Jean Tulard), Paris, Club Français du Livre, 1969, p. 212).

      Pas de confusion possible cependant, il s’agit bien  du 23 janvier 1791 et non de l’An II (de la République) du calendrier républicain qui devait être adopté le 5 octobre 1793.

       En usant de cette nouvelle datation, qui est déjà dans l’air sans avoir encore été fixée et officialisée, Bonaparte affirme clairement son adhésion aux valeurs révolutionnaires.

      Comme il le fait d’ailleurs en prenant à témoin dans sa lettre les principaux représentants de l’aile gauche de la Constituante :

       « O Lameth ! O Robespierre ! O Pétion ! O Volney ! O Mirabeau ! O Barnave ! O Bailly ! O Lafayette ! Voilà l’homme qui ose s’asseoir à côté de vous ! Tout dégouttant de sang de ses frères, souillé par des crimes de toute espèce, il se présente avec confiance sous une veste de général, inique récompense de ses forfaits ! » (Tulard, Op. cit., p. 212)

        Qui peut donc être le destinataire d’un tel brûlot ?

      Matteo Buttafuoco (1731-1806), partisan du rattachement de la Corse à la France en 1768,  quand, selon la lettre de Bonaparte à Paoli citée plus haut, « trente mille Français vomis sur nos côtes, noy[èrent] le trône de la liberté dans des flots de sang », est en 1789, député de la noblesse corse aux États-généraux.

        En dépit de leurs dissensions, Buttafuoco et Bonaparte partageaient l’expérience commune d’une enfance passée dans les écoles militaires royales du continent. En 1781, Buttafuoco avait été promu maréchal de camp des armées du Roi (équivalent actuel du grade de général de brigade, celui qu’avait de Gaulle), en couronnement d’une longue carrière militaire dans les régiments royaux corses. Il était chevalier de l’Ordre de Saint-Louis.

     Dans sa lettre véhémente, le petit lieutenant Bonaparte de 21 ans s’adressait donc à un « deux étoiles » de 60 ans !

       Quel était maintenant le motif de la lettre ?

       Ce n’était pas une lettre personnelle mais plutôt un réquisitoire au nom de la patrie corse. Les récentes insultes diffusées par l’« infâme Buttafuoco »  traitant Paoli, le Père de la Corse de « charlatan politique », constituaient certes la cause immédiate de la lettre, mais Bonaparte s’y improvisait surtout le héraut lyrique du camp autonomiste de Paoli contre celui aristocratique et clérical de Buttafuoco.

       En longues litanies, il égrenait la carrière de Buttafuoco, instrument intéressé de la puissance royale française et bras armé impitoyable de celle-ci. Il opposait ainsi crûment la cupidité du fourbe mercenaire à la solde des oppresseurs, aux mérites de l’exilé éloigné de son peuple.

    Il fustigeait ainsi le traître à la mère-patrie : « Eh quoi ! Fils de cette même patrie ne sentîtes-vous jamais rien pour elle ? Eh quoi ! votre cœur fut-il sans mouvement à la vue des rochers, des arbres, des maisons,  des sites, théâtres des jeux de votre enfance ? arrivé au monde, elle vous porta sur son sein, elle vous nourrit de ses fruits : arrivé à l’âge de raison, elle mit en vous son espoir ; elle vous honora de sa confiance […] Eh bien ! un peu d’or vous fit trahir sa confiance ; et bientôt, pour un peu d’or,  l’on vous vit, le fer parricide à la main, entre-déchirer ses entrailles »

      En un mot, il en faisait des tonnes.

      Il est vrai qu’en cette fin de 1790,  l’opinion corse était remontée contre Buttafuoco, on le brûlait en effigie, ce que Bonaparte rapporte ainsi dans sa lettre : « Ajaccio, Bastia et la plupart des cantons ont fait à son effigie ce qu’ils eussent voulu faire à sa personne » (Tulard, Op. cit., p. 212).

         Chuquet rapporte : « le factum [N.D.L.R. : la Lettre à Buttafoco] lu au club d’Ajaccio fut couvert d’applaudissements .La Société en vota l’impression comme utile au bien public » (CHUQUET Arthur, La jeunesse de Napoléon, tome 2, Paris A. Colin, 1898, p. 145). C’est à Dole que Bonaparte la fera imprimer comme nous le verrons plus tard.

         Paoli (cité par Chuquet), montra quant à lui plus de réserve écrivant sèchement à Bonaparte : « Ne vous donnez pas la peine de démentir les impostures de Buttafuoco.        […] Le nommer c’est lui faire plaisir. […]. Il écrit et parle pour faire croire qu’il est de quelque conséquence. Ses parents mêmes ont honte de lui. Laissez-le au mépris et à l’indifférence du public. » (CHUQUET Arthur, Op. cit., p. 145).

        Serait-il donc toujours vain de flétrir le fourbe et l’intrigant ? En attendant la suite, nous laisserons nos lecteurs tout à leurs réflexions sur cette pensée…

Bonaparte à Auxonne, PSC n°11 Polémique Sur la Corse

Bonaparte à Auxonne, PSC n°11 Polémique Sur la Corse

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 12 décembre 2017 (J+3282 après le vote négatif fondateur)

Publié dans Feuilleton 7

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7
1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 07:37

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (10) - du 1er décembre 2017 (J+3271 après le vote négatif fondateur)

    Nous reprenons le cours de notre feuilleton car les nouvelles de la presse locale charmoysienne ne sont pas vraiment captivantes ces temps-ci.

     Au ciel comme au fil des colonnes, en cette fin de novembre humide et grise, de l’eau, encore de l’eau, toujours de l’eau !… quand les gouttières du toit n’inondent pas les locataires, c’est l’eau qui n’arrive plus au robinet ! Voilà du bon boulot en perspective pour le plombier-zingueur et de la bonne lecture au coin du feu dans nos chaumières. Sans oublier les petits pêcheurs au bord de l’eau et cette libéralité providentielle et discrète qui vient opportunément apporter de l’eau au moulin d’une association caritative. Passionnant et édifiant !

     Quittons donc les rives saônoises où l’actualité, comme la Saône paresse, pour retrouver Bonaparte débarquant dans la Corse en pleine effervescence de septembre 1789.

    Il y arrive officiellement pour un congé de six mois, mais qui se prolongera bien au-delà, comme nous l’avons déjà vu dans un précédent épisode. 

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (8) - du 28 octobre 2017

      Il n’est pas dans notre intention de narrer dans le détail l’histoire complexe de ce séjour qui, finalement, durera quinze mois !

    Chuquet la résume très bien : « en Corse comme en France régnait la Révolution et durant quinze mois Bonaparte allait jouer son rôle dans les troubles de sa patrie » (CHUQUET Op.cit., p. 65). Aux côtés de son frère Joseph, car « les deux Bonaparte s’unirent pour jouer un rôle dans les évènements de Corse », « mais les deux frères étaient trop jeunes pour arriver aux fonctions qu’ils rêvaient » (Op.cit., p. 74-75).

      L’activité politique conjuguée des deux frères les conduisit en particulier à Orezza pour un congrès qui devait s’y tenir du 12 au 20 avril 1790 (Op.cit., p. 108). Et  c’est justement  sur Orezza seulement, que nous jetterons un petit coup de projecteur.

     Orezza, nous devrions plutôt dire « l’Orezza » est une pieve, petite division administrative dans l’ancienne Italie. Et sur ce territoire surgit une eau réputée.

      Dujardin-Baumetz, dans son Dictionnaire thérapeutique, Paris, Doin, 1889 indique à l’entrée Orezza :

      « Le pays montagneux d’Orezza est pittoresque et charmant au suprême degré ; la source est précieuse, certainement la plus forte en fer et la plus agréable à boire des eaux ferrugineuses de l’Europe. […]. Cette eau embrasse dans sa spécialisation tous les états pathologiques dépendant d’une altération de la composition du sang […] en un mot tous les cas où la médication martiale [N.D.L.R. : médication par le fer] se trouve indiquée ».

        Sur le territoire de l’Orezza, il y avait aussi un couvent, San Francesco di Piedicroce d’Orezza, aujourd’hui en ruines et qui sera peut-être restauré. Comme tous les édifices franciscains corses, il a servi aussi de lieu de réunions. Et c’est donc là que se tenait le congrès auquel assistait Bonaparte. Le couvent était devenu un haut-lieu de l’indépendance corse puisqu’en 1731 s’y était tenue la grande réunion dite des théologiens qui décida la révolte si le gouvernement génois devait être déclaré tyrannique. C’est là aussi que le 30 janvier 1735, une assemblée proclama l’indépendance de la Corse.

      En un mot Orezza lieu d’histoire, ce qui devait enthousiasmer Bonaparte, mais encore lieu de cure indiqué pour les malades atteints de fièvres paludéennes.

     C’était le cas de Bonaparte qui relevait de telles fièvres contractées à Auxonne.

Nous avons déjà parlé des fièvres induites par les marécages auxonnais.

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (5) - du 17 septembre 2017

    Dans le courant du dix-neuvième siècle, on trouve le fait attesté dans les annales médicales.

    Mais peut-être convient-il, dans le cas présent de la prolongation de congé de Bonaparte, de ne pas mettre le mal sur le compte du marécage auxonnais.  En effet, Masson, faisant référence aux Mémoires de Joseph Bonaparte écrit que Napoléon ainsi que  ses frères Joseph et Lucien « attrapèrent [en Corse] des fièvres malignes dont ils manquèrent mourir » et que « Napoléon pour guérir de ces fièvres dut demander une prolongation de congé »  (MASSON  Frédéric, Napoléon dans sa jeunesse, 1769-1793, Paris, Albin Michel, [1922], pp. 230-231).

      Cette référence aux Mémoires de Joseph Bonaparte pose toutefois problème car Joseph y date ces maladies de « 1791 » et mentionne à la ligne suivante « la constitution donnée par la constituante venait d’être proclamée [N.D.L.R. elle le fut le 13 septembre 1791] » (Bonaparte, Joseph-Napoléon (roi d'Espagne). Mémoires et correspondance politique et militaire du roi Joseph , Paris, Perrotin, 1853-54, tome I, p. 43).

      Ce détail situerait donc les maladies en fin septembre ou octobre 1791, donc au début du quatrième séjour de Bonaparte en Corse, ce qui ne justifierait donc pas la prolongation du congé en 1790.

      Motif réel ou opportun, toujours est-il qu’au milieu du congrès, le 16 avril 1790, Bonaparte fit une demande de prolongation de son congé (CHUQUET Op.cit., p. 109), qu’il obtint. Et avec appointements !

    La décision officielle précise :

« Congés avec appointements. 29 mai 1790.

        Un congé de 4 mois, à compter du 15 juin, pour le sieur Buonaparte, lieutenant en second au régiment de la Fère.

       Produit un certificat de médecin qui constate qu’il a besoin de prendre, dans l’une ou l’autre saison, les eaux d’Orezza, pour rétablir sa santé qui paraît absolument dérangée » (IUNG Th., Op. cit., p. 259).

      Comme nous l’avons déjà vu, mettant à profit son séjour en Corse, Bonaparte acheva sa rédaction des Lettres sur la Corse et mettant à contribution son jeune frère Lucien pour la réalisation de copies lisibles. Le 24 juin 1790, il envoyait les deux premières lettres à l’abbé Raynal, annonçant que la suite lui serait portée par son frère Joseph. De retour sur l’île, Joseph rapporta enfin la bonne nouvelle : l’abbé Raynal acceptait la dédicace que Bonaparte lui avait faite de son travail. (IUNG Th., Op. cit., p. 260 et 275).

     L’automne approchait, Bonaparte retrouvait à nouveau la charmante Orezza, son couvent San Francesco et sa source ferrugineuse, pour y participer en assemblée aux débats sur la nouvelle administration de l’île et à l’élection de son directoire.

      De ce congrès, le Général Paoli, que l’île venait d’accueillir en triomphe, après vingt-deux ans d’exil, devait sortir président du directoire de Corse à l’unanimité des voix. (IUNG Th., Op. cit., p. 277)

     Le 15 octobre arriva, et le congé se prolongea encore jusqu’à fin janvier 1791.

     Début février, Bonaparte rejoignait enfin Auxonne, accompagné de son jeune frère Louis âgé de treize ans.

       Des vents contraires défavorables à un embarquement d’Ajaccio pour le continent avaient été invoqués. En attestaient, à l’appui, des certificats dûment apostillés par la municipalité d’Ajaccio et le directoire du district d’Ajaccio dont Joseph avait été élu président (CHUQUET Op.cit., p. 134).

      Tout est bien qui finit, car au bout du compte, le lieutenant ne fut pas puni et obtint même trois mois et demi supplémentaires d’appointements pour la prolongation de son congé. (Commandant Maurice BOIS, Napoléon Bonaparte  lieutenant d’artillerie à Auxonne, Paris, Flammarion, 1898, pp. 76-77)

      On peut supposer que sa santé bénéficia des vertus curatives de l’eau d’Orezza, mais il est certain que son expérience politique, et de la politique corse en particulier, en sortit grandie, comme nous le verrons bientôt.

Bonaparte à Auxonne, PSC n°10 Providentielle Source Corse

Bonaparte à Auxonne, PSC n°10 Providentielle Source Corse

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 1er décembre 2017 (J+3271 après le vote négatif fondateur)

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7
12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 10:07

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (9) - du 12 novembre 2017 (J+3252 après le vote négatif fondateur)

       Nous reprenons la publication de notre grand feuilleton. Mais auparavant, à destination des vrais amis de Bonaparte, rappelons une déclaration de notre adjoint à la Culture, non exempte d’incohérences et d’inexactitudes à propos de l’affaire du PSC du Musée, déclaration qui a été définitivement approuvée au dernier conseil du 09 novembre dernier. C’est ainsi qu’on écrit l’histoire !

CHARMOY-CITY : POUR EN FINIR AVEC LE PSC - du 26 octobre 2017

    Écrire l’histoire, telle était justement l’ambition de notre Promeneur Solitaire Corse. Comme nous l’avons vu dans l’épisode précédent, Paoli, le Babbu (papa) des Corses, avait pourtant mis un bémol aux ardeurs de l’historien en herbe de son île : « Vous êtes trop jeune pour écrire l’histoire […] Préparez-vous lentement à une telle entreprise par de fortes études […] profitez surtout des conseils de l’abbé Raynal ».

     Mais le projet du jeune historien était en route depuis plusieurs années. N’avait-il pas, dès juillet 1786, à la veille de ses dix-sept ans, commandé à Genève les deux derniers volumes de l’Histoire des Révolutions de Corse, de l’abbé Germanes.

       Quand il arrive à Auxonne en juin 1788, il a dans ses bagages un fonds documentaire qu’il a rassemblé pour mener à bien sa tâche.

     Durant le premier semestre de 1788, le deuxième séjour en Corse de Bonaparte aura été en effet studieux.   Il a été mis à profit pour faire une ample moisson documentaire consistant en  témoignages et documents écrits, tant manuscrits qu’imprimés.

     De cette collecte de matériaux, conservés dans le Fonds Libri, Masson nous laisse un inventaire détaillé (MASSON  Frédéric, Napoléon dans sa jeunesse, 1769-1793, Paris, Albin Michel, [1922], pp.174-175). Durant ce même séjour, Bonaparte commence aussi à rédiger ses Lettres sur la Corse (Op.cit., p. 201)    

         Les sages conseils de Paoli n’avaient dons pas dissuadé notre lieutenant, déjà trop engagé dans sa tâche d’historien et de défenseur de la Corse pour y surseoir.

    Sans désemparer, écrivant de son séjour d’Auxonne, il s’enquit aussitôt de l’avis du Père Dupuy, son ancien professeur de lettres de Brienne. Le brave ecclésiastique dut tomber de l’armoire quand il reçut l’explosif manuscrit dont il ne put que souligner le caractère véhément, voire dangereux pour son auteur.       

        Ainsi dans sa deuxième lettre, adressée à son élève le 1er août 1789, le bon Père écrit : « Je sais qu’il y a des vérités que l’on peut et même que l’on doit dire ; mais il en est aussi qu’il faut taire ou tout au moins beaucoup adoucir. Dans ce dernier cas je ne cesserai de vous crier : de la discrétion ! De la discrétion ! » (IUNG Th., Bonaparte et son temps, 4ème édition, Tome 1, Paris, Charpentier, 1889, p. 202).

     Après Paoli, le Père Dupuy, réfrénait donc à son tour les ardeurs du fougueux écrivain.

     Un autre problème se posait. La forme adoptée pour son projet d’ouvrage sur la Corse, celle de Lettres sur la Corse imposait de les adresser, pour obtenir quelque chance de succès, à un dédicataire d’importance.

       Les manuscrits des projets de 1789 ne nous sont pas parvenus, mais la correspondance avec le Père Dupuy nous renseigne sur ce dédicataire (MASSON  Frédéric, Napoléon dans sa jeunesse, 1769-1793, Paris, Albin Michel, [1922], pp.201-211). En effet, le Père Dupuy dans une lettre du 15 juillet 1789 adressée à Bonaparte, transcrit « l’exorde » de son correspondant « en entier, mais avec un peu de différence » (Op.cit., p. 204).

        Bonaparte ne s’y exprime pas on son nom propre, mais dans le rôle d’un vieillard « n’espérant plus dans l’avenir qui l’a si souvent trompé […] étendu dans [son] lit et déjà environné par les horreurs de la mort […] vieillard qui pendant quatre-vingts ans d’une vie orageuse, travailla toujours pour le salut de cette trop abandonnée patrie [N.D.L.R. la Corse] » (Op.cit., pp. 204-205).

      Inconnu, Bonaparte ne perdait rien à publier anonymement, même sous les traits d’un vieillard imaginaire. Quant à son dédicataire, s’il ne le nomme pas, il précise clairement son profil : « Instruit de nos continuelles disgrâces, vous en serez sans doute vivement touché [N.D.L.R. : des malheurs des Corses] monsieur, vous […] placé auprès du trône […] vous qui dans le silence avez médité le droit des humains ; l’espoir que le philosophe a conçu à votre réhabilitation dans le ministère ; la joie que le Français fait éclater depuis cet heureux moment me donne cette assurance » (Op.cit., p. 205).. C’est clair le dédicataire n’était autre que Necker rappelé, après une longue éclipse, au ministère en août 1788 sous la pression de l’opinion publique.

        Mais un an après son rétablissement, l’aura de Necker sera ébranlée par les évènements révolutionnaires jusqu’à sa démission en septembre 1790. Et Bonaparte, dès l’été 1789, pressentant sans doute cette chute se tournera vers l’abbé Raynal (1713-1796) que lui avait recommandé Paoli.

       Grand succès de librairie en son temps, plus philosophe que chaste et dévot, l’abbé Raynal,  un temps oublié, est redécouvert aujourd’hui, en particulier sur le continent américain.

      L’Histoire philosophique des deux Indes, son œuvre majeure, dans laquelle il emprunte beaucoup, connut un grand succès d’édition. C’est une description encyclopédique  des relations commerciales de l’Europe avec le reste du monde, et l’on pourrait dire très schématiquement que c’est un ouvrage, antiesclavagiste, anticolonialiste et altermondialiste avant l’heure. Les retentissements ultérieurs de cette publication contraignirent Raynal à l’exil de 1782 à 1787.

      Bonaparte connaissait l’Histoire des deux Indes, et l’avait étudiée. Il en a rédigé des notes de lecture, et, si l’on en croit M.B. Lunet,  le Haïtien Toussaint Louverture, futur prisonnier de Napoléon au Fort de Joux, l’avait lu aussi !

     Lunet écrit à ce propos : « Quelques années après le jour où Raynal écrivit ces lignes, il se trouva un homme que dévorait dans l’amertume de son âme, l’humiliation de l’esclavage. Cet homme, brûlant d’un feu concentré, avait appris à lire à quarante ans. L’Histoire philosophique tomba entre ses mains ; Dieu sait l’impression qu’elle fit sur lui : quelque temps après cet esclave appelait Raynal son prophète, et faisait, à la tête de ses compagnons d’infortune  éprouver des revers aux plus braves généraux de Napoléon ; car on voit bien que c’est de Toussaint Louverture qu’il est ici question » (LUNET M.B., Biographie de l’abbé Raynal (Guillaume-Thomas), Rodez, 1866, p. 18)

      Parti d’Auxonne pour son congé en septembre 1789, Bonaparte rencontrera l’abbé Raynal à Marseille, avant de s’embarquer pour la Corse. Chuquet, biographe autorisé de Napoléon Bonaparte rapporte le fait en ces termes : « L’abbé Raynal excitait Bonaparte à produire une histoire de la Corse. Lorsque l’officier d’artillerie vint en 1789 s’embarquer à Marseille il rendit visite à Raynal pour […] l’entretenir de l’ouvrage qu’il projetait de publier (CHUQUET Arthur, La jeunesse de Napoléon, tome 2, Paris A. Colin, 1898, p. 52).

      Mettant à profit son séjour en Corse, Bonaparte y acheva la rédaction de ses Lettres, il en confia la mise au net à son frère Lucien qui devait avoir une écriture plus lisible. Dans ses Mémoires, Lucien rapportera le fait : « Napoléon, dans un de ses congés à Ajaccio (c’était, je crois, en 1790) avait composé une histoire des révolutions de la Corse, dont j’écrivis deux copies et dont je regrette bien la perte : un de ces manuscrits fut adressé à l’abbé Raynal, que mon frère avait connu à son passage à Marseille » (Mémoires de Lucien Bonaparte écrits par lui-même, Paris, Gosselin, 1836, tome I p. 92).

     En fait le  manuscrit ne fut jamais perdu, car il était dans le carton du cardinal Fesch, et fut retrouvé dans le Fonds Libri.

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (4) - du 06 septembre 2017

    La peine que prit le jeune Lucien ne fut donc pas inutile !

Bonaparte à Auxonne, PSC n°9  Petit scribe corse

Bonaparte à Auxonne, PSC n°9 Petit scribe corse

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 12 novembre 2017 (J+3252 après le vote négatif fondateur)

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7
28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 07:58

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (8) - du 28 octobre 2017 (J+3237 après le vote négatif fondateur)

      

    Notre précédent article avait évoqué ce que nous pourrions qualifier de dernier acte d’une assez pitoyable farce.

    CHARMOY-CITY : POUR EN FINIR AVEC LE PSC - du 26 octobre 2017

       Nous saluons ici le site facebook du groupe Auxonne territoire d’avenir d’avoir relayé très opportunément notre nécessaire intervention ! Nous reproduisons ici son propos :

     « Conseil du 27 septembre : intervention de M. l’adjoint à la Culture sur le PSC du musée.

     Juste avant la distribution de l’Inf’Auxonne n° 58, lors de ce conseil, l’adjoint à la culture a fait une intervention relative à l’historique et la chronologie des faits du fameux PSC du musée, et ce, probablement en raison de notre article.

Voir page 36

http://www.auxonne.fr/rapports-du-conseil      

Depuis, le site éponyme CHANTECLER a publié un document [N.D.L.R. : CHARMOY-CITY : POUR EN FINIR AVEC LE PSC - du 26 octobre 2017] apportant de nouveaux éclairages sur les explications de M. l'adjoint ! »

     Passons à présent  aux choses sérieuses et retrouvons le 8ème épisode de notre feuilleton BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse qui en comptera encore bien d’autres !

      Tout au long des jeunes années de Bonaparte, un sentiment perdurera : son attachement profond à la Corse. Il a passé sa tendre enfance à Ajaccio de sa naissance le 15 août 1769 à son entrée au Collège d’Autun le 1er janvier 1779.

      Suivent alors huit longues années de pré-adolescence et d’adolescence vécues sur le continent, dans les écoles militaires, d’Autun à Paris en passant par Brienne, et pour finir au régiment de La Fère à Valence et Auxonne.

      Ce n’est finalement qu’à l’âge de dix-sept ans que Bonaparte retrouvera son île et sa famille lors d’un premier séjour en Corse de septembre 1786 à septembre 1787, comme nous l’avons déjà vu dans un précédent épisode.

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (5) - du 17 septembre 2017

    Après l’automne 1787 passé à Paris, il fera un deuxième séjour en Corse avant de s’embarquer pour arriver la première fois à Auxonne fin mai 1788. Nous empruntons nos repères chronologiques à l’ouvrage de Louis Garros, Quel roman  que ma vie ! Itinéraire de Napoléon Bonaparte 1769-1821, Paris, 1947.

      La période auxonnaise (juin 1788 - juin 1791) sera entrecoupée d’un troisième séjour en Corse de septembre 1789 à février 1791, congé prolongé à plusieurs reprises,  dont nous reparlerons plus tard, et qui réduira pratiquement de moitié  le temps de séjour effectif à Auxonne !

     Après avoir quitté définitivement Auxonne, Bonaparte fera encore deux autres séjours en Corse de septembre 1791 à mai 1792,  puis d’octobre 1792 à juin 1793. Ces séjours, le quatrième et le cinquième sont marqués, ainsi que le troisième déjà, par les retentissements dans l’île des évènements politiques révolutionnaires survenus sur le continent.

    À l’issue du cinquième et dernier séjour, Bonaparte, en désaccord avec Paoli, champion historique de l’indépendance, rompra avec les visées indépendantistes corses, et embarquera définitivement pour le continent, avec toute sa famille, à Calvi en juin 1793.

     Mais revenons à Auxonne en août 1789, bien avant cet épilogue de rupture. Des nouvelles parviennent de petites émeutes se produisant un peu partout en Corse, le bruit court que beaucoup de Français s’en vont. Bonaparte a hâte de retrouver sa chère petite patrie dont le passé, le présent et l’avenir le passionnent.

      Dès le 8 août il sollicite « la faveur de jouir immédiatement du semestre d’hiver [N .D.L.R. de congé]». Faveur obtenue, et « congé accordé du 15 septembre 1789 au 15 mars 1790 » (IUNG Th., Bonaparte et son temps, 4ème édition, Tome 1, Paris, Charpentier, 1889,  p. 204-205)

    Ouvertement hostile au gouvernement despotique des Commissaires du Roi qui ne laisse pas leur place aux autochtones, partisan et soutien de Paoli, le lieutenant quittera Auxonne avec l’espoir sans doute de mettre ses talents au service  d’une conciliation hypothétique du destin de ses deux patries.

    Bonaparte s’était d’ailleurs très bien préparé et il était très au fait de l’histoire de la Corse  qu’il étudiait de longue date puisque dès le 29 juillet 1786 il écrit de Valence à « Paul Borde, libraire à Genève » en le priant de lui « envoyer les deux derniers volumes de l’Histoire des Révolutions de Corse, de l’abbé Germanes » (Écrits personnels de Napoléon Bonaparte (choix et présentation de Jean Tulard), Paris, Club Français du Livre, 1969, p. 17)

     Il est vraisemblable de penser que  lors de son séjour à Auxonne, il  ait commencé à mettre en forme les notes de ses recherches documentaires historiques qui devaient, à l’issue de divers remaniements, devenir les Lettres sur la Corse qui nous sont parvenues par les manuscrits (Tulard, Op. cit. pp.149-193 et Frédéric Masson et Guido Biagi, Napoléon manuscrits inédits (1786-1791), Paris, Ollendorf, 1914, pp. 393-445).

   En mai 1789, il semble que le projet soit bien avancé car Bonaparte écrit de Seurre à son frère Joseph : « Je veux, avant de le [mon ouvrage] donner au public, attendre que les premiers mois de l’ouverture des États [généraux] soient passés. Il y a 140 pages d’impression in-12. C’est plus long que je ne l’avais projeté, mais j’y ai fait l’histoire de la Nation qui m’a conduit loin. » (Tulard, Op. cit. pp.147-148).

    Le 12 juin 1789 il écrit d’Auxonne une lettre enflammée au Général Paoli, restée célèbre, qui commence ainsi : « Je naquis quand la patrie [la Corse] périssait. Trente mille Français vomis sur nos côtes, noyant le trône de la liberté dans des flots de sang, tel fut le spectacle odieux qui vint le premier frapper mes regards » (Commandant Maurice BOIS, Napoléon Bonaparte  lieutenant d’artillerie à Auxonne, Paris, Flammarion, 1898, p. 59 et IUNG Th., Bonaparte et son temps, 4ème édition, Tome 1, Paris, Charpentier, 1889,  p. 195)

       Dans cette lettre au ton  antifrançais, pour le moins surprenant de la part d’un officier issu d’un cursus de dix ans au sein des écoles de l’armée française, Bonaparte demande le soutien de Paoli pour son projet de publication en ces termes : « Si vous daignez, général, approuver un travail ou il sera si fort question de nous, les efforts d’un jeune homme que vous vîtes naître […] j’oserai augurer favorablement du succès » (BOIS, Op. cit. p. 61 et IUNG, Op. cit., p. 197).

        Paternellement, Paoli répondit en lui prodiguant les conseils suivants : « Vous êtes trop jeune pour écrire l’histoire […] Préparez-vous lentement à une telle entreprise par de fortes études […] profitez surtout des conseils de l’abbé Raynal » (IUNG, Op. cit., p. 199).

      Notre lieutenant était tenace et l’histoire des Lettres sur la Corse ne s’arrête pas là. Elle se poursuivra encore pendant un demi-siècle !

     Comme il n’est pas évident que nos fidèles lecteurs aient la même opiniâtreté, nous interrompons là cet épisode qui, nous l’espérons, a pu leur donner un échantillon des inclinations du jeune Bonaparte vers son île natale.

      Nous l’y retrouverons dans la suite de notre feuilleton, non sans avoir poursuivi d’abord notre brève histoire des Lettres sur la Corse.

     L’illustration de Claudi nous montre un Bonaparte absorbé dans ses pensées sur la Corse, et qui n’anime pas vraiment les conversations à la table du traiteur Dumont !

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 8  Penser à son congé

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 8 Penser à son congé

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 28 octobre 2017 (J+3237 après le vote négatif fondateur)

Publié dans Feuilleton 7

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7
7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 08:51

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (7) - du 07 octobre 2017 (J+3216 après le vote négatif fondateur)

 

Information préalable : Avec ce septième épisode, nous allons poursuivre la publication de notre feuilleton, commencée le 21 août dernier.

      Mais avant de passer à notre sujet historique, nos lecteurs nous permettrons sans doute de revenir sur l’actualité du Musée Bonaparte qui ne peut manquer de les intéresser.

           Rappelons d’abord que le Compte rendu sommaire du Conseil municipal du 23 mai dernier  (p. 23 dernier alinéa) avait annoncé : « Le Projet Scientifique et Culturel (PSC) imposé par le statut de Musée de France préalablement à la rénovation du musée n’est pas abouti ».

    À la suite de cette déclaration de M. LAPOSTOLLE, Adjoint à la Culture et devant son caractère lapidaire et simplificateur, la personne initialement en charge de ce PSC avait réagi par une lettre ouverte dont nous avions fait écho, tout en retraçant le long parcours de ce « non aboutissement ».

ALBUM - UN PSC POUR BONAPARTE

      Lors du conseil municipal du 27 septembre dernier (Compte rendu sommaire correspondant (pages 36 et 37)), M. LAPOSTOLLE, déclarant répondre au « courrier transmis par Mme SPERANZA », devait  évoquer à nouveau le problème.

      Sa déclaration a été depuis rendue publique, par affichage et diffusion en ligne officiels.    La presse locale n’en a pas fait écho.

     Outre le caractère confus de l’exposé, il nous a semblé que cette déclaration présentait de nombreuses omissions ou imprécisions.

     Mme SPERANZA elle-même a estimé après lecture que cette déclaration ne pouvait constituer une réponse satisfaisante à sa lettre ouverte argumentée  du 25 juin dernier. Elle a souhaité cependant ne  plus s’exprimer désormais publiquement au sujet de cette affaire navrante.

     Notre rédaction prend donc le relais. Nous publierons ainsi prochainement un commentaire détaillé et argumenté de la déclaration de M. LAPOSTOLLE, Adjoint à la Culture, faite en séance du conseil municipal du 27 septembre dernier.   

    

    Le précédent épisode, très mathématique, de notre série nous avait conduits chez le professeur Lombard, dans l’actuelle rue Vauban au premier étage du bâtiment administratif du Lycée Prieur, ex-Collège Bonaparte.

      Nous avions fait mention à ce propos de  « l’enseignement dispensé par Lombard, tant à l’école qu’à son domicile dans l’actuelle rue Vauban, à ses élèves, au nombre desquels Bonaparte ».

       Ce fait est attesté dans  le rapport d’inspection de Monsieur de La Mortière à l’École royale d’’Artillerie d’Auxonne en 1789, en ces termes :

         « Je viens de citer à l’instant le professeur de mathématiques chargé de l’instruction théorique. Il en est peu qui possèdent autant de talents pour conduire les jeunes gens aux connaissances sublimes des mathématiques, il ne se borne pas aux démonstrations publiques des salles ; il tient chez lui des conférences auxquelles les jeunes gens qui veulent acquérir des connaissances plus étendues se rendent et beaucoup en savent profiter. » (cité par Baron Joseph du Teil, Napoléon Bonaparte et les généraux du Teil, Paris, Picard, 1897, pp. 79-81).

     On est donc  bien fondé de supposer que Bonaparte sut tirer profit de la fréquentation du professeur Lombard.

       Mathématicien distingué, mais encore avocat de formation, Lombard pouvait sans doute répondre à l’insatiable curiosité de son élève, artilleur, mais aussi juriste et organisateur dans l’âme comme le démontre son « Projet de constitution de la Calotte du Régiment de la Fère » rédigé à Auxonne (Frédéric Masson et Guido Biagi, Napoléon manuscrits inédits (1786-1791), Paris, Ollendorf, 1914, pp. 35-48)  

.  La Calotte était une association des lieutenants du régiment veillant au respect du code de l’honneur en son sein et visant à protéger les lieutenants de décisions arbitraires de leurs chefs.

    Dans ses Essais sur l’histoire de la balistique (Paris, Imprimerie nationale, 1927), l’Ingénieur général Charbonnier met cependant un bémol à propos de l’aura de Lombard :

     « LOMBARD, professeur d’artillerie à l’École d’artillerie d’Auxonne, est certes un balisticien digne d’intérêt et qui eut une grande réputation chez les artilleurs, mais les historiens ne l’auraient peut-être guère distingué de ses confrères, s’il n’avait eu la fortune d’être le professeur du lieutenant Bonaparte » (Op.cit., p. 1133)

    La gloire de l’élève ne doit cependant pas faire oublier les réels mérites du maître que nous avons déjà évoqués dans l’épisode précédent.

    Quant à l’élève lui-même, il savait  étendre sa curiosité au-delà de l’enseignement du maître. C’est une évidence,  mais nous allons tout de même en tenter une courte démonstration à partir d’un exemple précis  tiré de notre lecture d’un manuscrit de Bonaparte écrit à Auxonne et intitulé « Principes d’artillerie ». Ce manuscrit a été publié par Frédéric Masson sous le numéro X ( Op.cit., pp. 57-69).

  À propos de ce manuscrit, Masson précise en note : « On a tout lieu de penser que ces notes ont été tirées par Napoléon des Nouveaux principes d’Artillerie de Robins, commentés par M. Léonard Euler, traduits avec des notes par Monsieur Lombard, professeur royal aux Écoles Royales d’Artillerie à Auxonne, Dijon, 1783, in-8° ».

      Et il poursuit : « Mais tout commentaire a semblé oiseux surtout étant donné le travail que prépare sur la question de l’enseignement de l’Artillerie dans les Écoles M. le Baron Joseph du Teil. »

      Ce dernier, dans son ouvrage déjà cité plus haut, mentionne le manuscrit de Bonaparte en question et écrit prudemment à son propos: « il semble avoir été écrit d’après le cours spécial fait par Lombard à ses élèves » et plus loin « Robins est souvent invoqué par le professeur d’Auxonne à l’appui de ces propositions ; cette dissertation est suivie d’une description du canon rayé […] les dernières pages paraissent avoir été prises pendant les conférences spéciales auxquelles Lombard convoquait quelques officiers pour revoir avec eux les parties de son cours […] ».

     Bilan des appréciations : Masson renonce à tout commentaire « oiseux », et Du Teil se montre prudent…

      Ils ont bien raison, car – comme nous allons le voir – leurs supputations ne résistent guère à un examen attentif du manuscrit.

       Une chose au moins reste certaine, c’est que le mathématicien anglais Robins, était une référence pour Lombard et ses élèves.

    Lombard avait en effet traduit dans sa jeunesse les Nouveaux principes d’Artillerie de Robins sur la traduction allemande donnée et commentée par  le célèbre mathématicien Léonard Euler (Berlin, 1745).

      Dans la préface de sa traduction française qu’il devait publier beaucoup plus tard (Dijon, Frantin, 1783) Lombard précise que son manuscrit  était prêt dès 1751, mais qu’il en avait différé la publication, soucieux de vérifier préalablement par l’expérience les principes qui y étaient rapportés. Voilà un souci qui l’honore grandement.

     Il ajoute encore qu’il  avait appris « qu’il existait une autre traduction du même ouvrage [par] un Amateur aussi distingué par sa naissance, que par son goût pour les Mathématiques, et la part qu’il a eue à l’éducation d’un grand Prince ». Lombard ne nomme pas ce personnage, semble-t-il important, qu’il remercie cependant de lui avoir cédé le privilège de la publication.

    Curieusement il ne cite pas, par ailleurs, une autre traduction que son collègue Dupuy avait publiée en 1771, alors qu’il était « aide-professeur aux écoles royales d’artillerie de Grenoble ». (Traité de mathématiques de Monsieur Benjamin Robins […] contenant ses Nouveaux Principes d’Artillerie, traduits de l’anglais par M. Dupuy fils, Grenoble, Grabit, 1771).

     Cette traduction directe de l’anglais, exempte des  longs commentaires d’Euler, est beaucoup plus complète  que celle de Lombard, car publiée sur une édition posthume augmentée, publiée à Londres par Wilson, ami de Robins, en 1761. 

     Et comme une lecture attentive le prouve rapidement, c’est manifestement à cette traduction, et non à celle de Lombard, que se réfère Bonaparte dans  son manuscrit intitulé « Principes d’artillerie ».

      Il est d’ailleurs vraisemblable que Bonaparte en avait pris connaissance dès son séjour à Valence (1785-1786) où Dupuy était son professeur à l’École d’Artillerie.

    Élève assidu de l’honnête homme qu’était Lombard, Bonaparte faisait néanmoins son miel de bien d’autres modèles encore !

     Ce qui ne dément pas pour autant les témoignages anecdotiques de Coston, l’un des biographes les plus intéressants du jeune Bonaparte (Coston, Biographie des premières années de Napoléon  Bonaparte, Paris, Valence, 1840, 2 vol.). Les anecdotes qui suivent montrent aussi, qu’assez peu gastronome, Bonaparte rognait volontiers sur les temps de repas pour s’adonner pleinement à l’étude :

     « Bonaparte était très studieux et très assidu aux leçons du célèbre Lombard il donnait au travail presque tout le temps que son service n’exigeait pas ; et pour être moins souvent dérangé, il allait sans façon manger un peu de bouillie de maïs, de millet et quelquefois de riz chez une bonne femme qui demeurait dans la maison […] » (Op.cit., Tome 1 pp. 122-123)

  « Plus tard Bonaparte fut en pension chez un M. Aumont [en fait Dumont], qui habitait vis-à-vis la maison Phal ou Lombard. On l’appelait souvent pour les repas, il se faisait fréquemment attendre et s’excusait avec beaucoup de politesse sur sa lenteur à arriver. » (Op.cit., Tome 1 p. 123)

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 7  Pensionnaire  Sans Chronomètre

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 7 Pensionnaire Sans Chronomètre

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 07 octobre 2017 (J+3216 après le vote négatif fondateur)

Publié dans Feuilleton 7

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7
25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 08:08

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (6) - du 25 septembre 2017 (J+3204 après le vote négatif fondateur)

      Les bonapartiens vont être contents, après notre chronique du « grand nettoyage de la nature » nous revenons aux choses sérieuses !

      Bonaparte devenu Napoléon avait coutume de dire que tout soldat avait son bâton  de maréchal dans sa giberne.

      De nos jours, les espoirs et les ambitions ont bien changé, et ce sont des kilos de mégots et de papiers gras (dûment pesés en fin de manoeuvre) qu’auront rapportés, hier, dans leurs sacs poubelles estampillés, nos jeunes ramasseurs, mobilisés pour le grand nettoyage. Autres temps, autres mœurs ! Un petit retour  musical sur cette pantalonnade avant de reprendre notre marche impériale !

CHARMOY-CITY : « NETTOYONS  LA NATURE », EN AVANT LA MUSIQUE ! - du 23 septembre 2017

        Après un épisode consacré à une approche documentée des préoccupations hygiéniques et médicales du jeune Bonaparte, nous revenons aujourd’hui au cœur de métier du lieutenant en second de la compagnie de bombardiers du Régiment de La Fère : l’Artillerie.

     Comme nous l’avons  déjà vu dans  deux précédents épisodes, la pratique du tir s’effectuait au polygone de Tillenay et comprenait un volet expérimental.

 BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (3)  - du 1er septembre 2017

     Cette pratique, absolument indispensable, nous avait montré un système d’armes, le système Gribeauval, rustique, maniable et adaptable aux circonstances. Ce système, à peu près inchangé, fera toutes les campagnes de l’Empire.

     Mais en cette fin de dix-huitième siècle, l’artillerie a déjà conquis son titre d’arme savante. L’officier d’artillerie doit connaître les mathématiques. Et Bonaparte, qui les a étudiées, reconnaît leur importance dans l’art de la guerre.

     Il est d’ailleurs à bonne école car, au cours du dix-huitième siècle « l’artillerie française qui institua la première les écoles d’artillerie, et qui apporta le plus grand soin à l’enseignement scientifique, devint le modèle de toute l’Europe ».

     Tel est du moins le point de vue du général artilleur prussien Scharnhorst, grand réorganisateur, après Iéna, de l’armée prussienne contre Napoléon, et tué à la bataille de Lützen en 1813, qui l’écrit dans son manuel pour les officiers (1er volume de la 1ère partie atillerie) : « Auch ward die französische Artillerie, welche zuerst die Artillerie-Schulen errichtete , und die meiste Mühe auf den wissenschaftlichen Unterricht wendete, die Lehrerin von ganz Europa » (Sharnhorst, Handbuch für Officiere, Erster Theil Artillerie, Ersten Theils erster Band, Hanovre, 1804,. p. 17 ) 

    Et dans son célèbre traité De la guerre, un autre général prussien, von Clausewitz, prête ces paroles à Bonaparte: « Maintes décisions qui incombent au chef de guerre pourraient proposer à un Newton ou un Euler des problèmes mathématiques dont ils ne seraient pas indignes » (Carl von Clausewitz, De la guerre, Paris, Éditions de Minuit, 1955, p. 101). Un consensus scientifique régnait donc dans les artilleries européennes.

     Sur un mode plus particulièrement appliqué à la pratique du tir de l’artillerie, Newton et Euler sont souvent cités dans le Traité du mouvement des projectiles appliqué au tir des bouches à feu (Dijon, Frantin, An V), de Jean-Louis Lombard, professeur de mathématiques de Bonaparte à l’École Royale d’Artillerie d’Auxonne.

     Depuis longtemps achevé, cet ouvrage issu de la matière des cours d’un praticien, devait être publié peu de temps après la mort de son auteur, survenue le 1er avril 1794.

    Selon l’avertissement rédigé en tête de l’ouvrage de Lombard,  par son fils et successeur, Jean-Antoine-Marie Lombard : «  Le Traité du mouvement des projectiles appliqué au tir des bouches à feu, est le fruit de longues méditations, de profondes connaissances dans la théorie de l’Artillerie et d’une expérience consommée dans la pratique de cet art […] un art dont les progrès ont fait l’objet de ses recherches et de ses méditations pendant tout le cours de sa laborieuse carrière ».

    Feuilletant les pages du Traité, de la simple parabole galiléenne du « mouvement des projectiles dans le vide » à la réalité plus complexe du « mouvement des projectiles dans l’air », entre  formules mathématiques et tables, le lecteur motivé peut se faire une idée précise de l’enseignement dispensé par Lombard, tant à l’école qu’à son domicile dans l’actuelle rue Vauban, à ses élèves, au nombre desquels Bonaparte.

      Les cinquante dernières pages de l’ouvrage sont consacrées au tir des mortiers et à l’établissement des tables de tir correspondantes.

     Ces tables, instruments pratiques de l’artilleur,  venaient compléter les Tables du tir des canons et des obusiers précédemment publiées par Lombard en 1787.

      Si l’élève devait connaître la gloire, le professeur lui-même conquit une certaine notoriété à travers les « tables » qu’il avait publiées.

     Le Dictionnaire de l’artillerie de l’Encyclopédie méthodique, rédigé par le Colonel H. Cotty, et publié en 1822,  cite encore les tables de Lombard aux articles « balistique », « tir » et « table ».

     Au-delà des guerres de la Révolution et de l’Empire, l’usage de ces tables et de leurs diverses adaptations, se prolongea en France et à l’étranger.

    En 1845, un demi-siècle donc après la mort de leur auteur, les tables de Lombard sont encore d’actualité et trouvent un défenseur en la personne de Rieffel, professeur à l’École royale d’artillerie de Vincennes lors d’une escarmouche franco-prussienne qui fait couler plus d’encre que de sang !

      Dans ses Tables balistiques générales pour le tir élevé [N.D.L.R. tir courbe des mortiers], J.C.F. Otto, Capitaine dans l’Artillerie de la Garde Royale de Prusse, avait noté une prétendue erreur de Lombard relativement au tir des mortiers.

     Dans sa traduction française de l’ouvrage (Paris, Corréard, 1845), Rieffel dément et conclut : « En dernière analyse, les calculs exécutés à l’aide des petites tables que Lombard a établies pour le cas du tir des mortiers doivent donc conduire aux mêmes résultats que l’on exécutera à l’aide des tables de M. Otto […] » (Op. cit. p. 80).

      Comme quoi, la guerre des mathématiques peut avoir des bons côtés !

      Claudi nous en donne une vision beaucoup moins austère !

      Avant de retourner encore aux équations dans le prochain épisode. Car nous n’en avons pas encore terminé avec le duo Lombard-Bonaparte !

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 6  Projectiles et Sections Coniques

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 6 Projectiles et Sections Coniques

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 25 septembre 2017 (J+3204 après le vote négatif fondateur)

Publié dans Feuilleton 7

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7
17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 09:48

BONAPARTE À AUXONNE ou le Promeneur Solitaire Corse (5) - du 17 septembre 2017 (J+3196 après le vote négatif fondateur)

    Nous sentons que nos lecteurs fanas-bonapartiens s’impatientent de nouveaux épisodes Revenons donc aux choses sérieuses en ce dimanche consacré au patrimoine et  cessons un instant de fustiger l’embrigadement de la jeunesse.

    Plus précisément d’une opération d’embrigadement rendue possible par la complicité de municipalités qui y trouvent leur compte et celle, parfois naïve, de certains enseignants.

    Affublée d’une livrée publicitaire, la jeunesse des écoles s’y trouve embarquée dans une opération de communication d’une utilité écologique improbable dont les principaux effets  seront de donner bonne conscience à ses promoteurs locaux et à ses acteurs grégaires, large audience à ses munificents sponsors, et de la copie à la PQL qui annoncera triomphalement, sous la photo édifiante, et presque au gramme près, le poids des déchets collectés !

     Voilà un concept de l’écocitoyenneté proprement affligeant !

CHARMOY-CITY : IL REVITALISE LE CENTRE-BOURG ET NOUS « NETTOYONS  LA NATURE » - du 14 septembre 2017

     Mais revenons aux choses sérieuses !

    Comme les « promenades » des Rêveries du promeneur solitaire de ce cher Jean-Jacques qui se promenait, lui, dans une vraie nature qu’il ne prétendait pas « nettoyer » avec un plumeau publicitaire, les épisodes de notre Promeneur Solitaire Corse seront au nombre de dix. Nous vous offrons aujourd’hui le cinquième.   

     Dans l’épisode précédent nous avions découvert un Bonaparte lecteur et travailleur intellectuel acharné. Il ne semble pourtant pas que l’on doive attribuer à l’air auxonnais cette soif d’apprendre, mais bien plutôt aux qualités personnelles du jeune Napoléon.

     De l’air auxonnais, de nos jours encore réputé humide, et qui l’était encore beaucoup plus il y a quelques siècles, lorsque la ville était cernée de zones marécageuses, le futur empereur se plaignait des miasmes.

     Dans une lettre à sa mère, datée du 12 janvier 1789, il écrit ainsi : *

     « Ma santé, qui est enfin rétablie, me permet de vous écrire longuement. Ce pays-ci est très malsain, à cause des marais qui l’entourent et de fréquents débordements de la rivière qui remplissent tous les fossés d’eau exhalant des vapeurs empestées. J’ai eu une fièvre continue pendant certains intervalles de temps et qui me laissait ensuite quatre jours de repos, venait m’assiéger de nouveau pendant tout autant de temps [N.D.L.R. : sans doute une des nombreuses formes de « fièvre intermittente » en honneur dans les nosographies de l’époque]. Cela m’a affaibli, m’a donné de longs délires et m’a fait souffrir une longue convalescence. […] »

    (Cité par  le Commandant Maurice Bois dans Napoléon Bonaparte  lieutenant d’artillerie à Auxonne, Paris, Flammarion, 1898, pp. 47-48. Le commandant Bois signale en note à ce propos que la situation perdure à son époque et qu’il espère beaucoup du comblement prochain des fossés !). Oui mais à présent tout va aller mieux puisqu’on va nettoyer la nature !

      Bonaparte, sans être hypocondriaque, était  donc très soucieux de sa santé et de son hygiène !

      S’il revenait parmi nous, il ne manquerait pas de militer pour l’ouverture d’une maison médicale.

     CHARMOY-CITY : UN DON AU MUSÉE DE LA MÉDICALE MAISON - du 25 août 2017

      Anachronisme médical diront les méchantes langues chargées !

       Anachronique ! Pas tant que ça ! Nous accuser d’anachronisme à ce propos serait injuste puisque le jeune Bonaparte lui-même, depuis « les montagnes de Corse où l'on se sert peu de médecin », donc «désert médical avant l’heure », n’hésite pas à consulter, par lettre envoyée sur le continent, l’un des plus célèbres médecins de l’époque.

     Ce médecin suisse, le Docteur Samuel Auguste Tissot (1728-1797), ami et médecin de Jean-Jacques Rousseau et de têtes couronnées, connaît une grande notoriété. Ses ouvrages (Avis au Peuple sur sa santé, L’Onanisme, De la santé des gens de lettres) connaissent un grand succès. Ils sont lus et traduits dans toute l’Europe.

     Un an environ avant de découvrir Auxonne, le 1er avril 1787, Bonaparte écrit donc d’Ajaccio une longue lettre au Docteur Tissot au sujet… de la goutte dont souffre son grand-oncle Lucien Bonaparte, archidiacre d’Ajaccio.

       Dans cette lettre, Bonaparte n’omet pas de conclure en passant sur sa propre santé et se dit « tourmenté d’une fièvre tierce » dont les accès justifieraient le peu de lisibilité de son « griffonnage » ! En Corse, comme à Auxonne, si l’on en croit du moins ses écrits, la santé du jeune Bonaparte n’était pas vraiment florissante !

     C’est à la moitié du premier séjour en Corse de Bonaparte (Septembre 1786-septembre 1787) que la lettre fut envoyée. Ce premier séjour concluait huit longues années passées sur le continent, dans les écoles militaires, d’Autun à Paris en passant par Brienne, et pour finir au régiment de la Fère à Valence.

    La lettre fut conservée, mais Tissot n’y répondit pas, se contentant de l’archiver avec la mention « Lettre non répondue, peu intéressante ».

     Une autre lettre, beaucoup plus actuelle cette dernière, semble récemment avoir connu le même sort…

LETTRE OUVERTE M.SPERANZA-MAIRE D’AUXONNE 25 JUIN 2017

     Il ne faut pourtant jamais désespérer. Un demi-siècle plus tard, Charles Eynard publiera la lettre de Bonaparte dans son ouvrage Essai sur la vie de Tissot, Lausanne, 1839.

Les curieux ne manqueront pas de prendre connaissance de la dizaine de pages que consacre Eynard à cet épisode médical de la vie du jeune Bonaparte. En  attendant d’en découvrir un autre plus tard !

 Flash dernière : Sous le titre « Une vue imprenable sur les toits de la ville d’Auxonne » Le Bien public d’aujourd’hui nous emmène encore une fois dans la spirale « incontournable » d’une montée à la Tour de l’église d’Auxonne.

       Le célèbre chapeau étant invisible depuis plus d’un lustre, on fait contre mauvaise fortune bon cœur, et on se console donc en admirant « les toits du centre-bourg [toujours] aussi pentus ». Comme disait André Gide : « Il faut suivre sa pente pourvu que ce soit en montant ».

CHARMOY-CITY, UN TOURISTE DANS NOTRE CIEL - du 30 juillet 2017

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 5 Pour la Santé des Corses

Bonaparte à Auxonne, PSC n° 5 Pour la Santé des Corses

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 17 septembre 2017 (J+3196 après le vote négatif fondateur)

Publié dans Feuilleton 7

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais - dans Feuilleton 7