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  • Claude Speranza, Auxonnais
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29 octobre 2026 4 29 /10 /octobre /2026 00:05

AUXONNE : « ROSE » À « L'EMPIRE » - du 29 octobre 2026 (Jour 857 de la nouvelle ère de Chantecler)

Fidèles et distingué(e)s lecteur(e)s, le cinéma municipal « L'Empire » diffusait il y a une quinzaine de jours, lors d'une soirée « Art et Essai » le film du réalisateur autrichien Markus Schleinzer intitulé « Rose » en NB et VOST.

La présence dans le rôle de Rose de l'actrice Sandra Hüller, actrice césarisée du film « Anatomie d'une chute » n'aura sans doute pas été étrangère à l'audience et au succès de ce troisième film d'un réalisateur dont l'œuvre jusqu'à ce jour était restée rare et confidentielle.

En bref, en un passé lointain dans un village perdu au fond de l'Allemagne, Rose arrive un beau jour pour y revendiquer en héritage les vestiges et les terres d'une ferme en déshérence. Telle est, nous a semblé, la fin qu'elle poursuit sous ce masque viril.

D'emblée le noir et blanc laisse pressentir une sombre histoire.

Rose, le visage marqué par une large cicatrice et dont les gestes et la démarche sont empreints d'une lourdeur toute masculine fera longtemps illusion dans son rôle emprunté de soldat portant les stigmates d'une blessure reçue au cours d'une guerre longue et cruelle.

Il y a véritablement dans cette attitude et les actes qui en découlent une « confusion des genres » dans le sens où l'auteur autrichien Stefan Zweig (1881-1942) intitule une de ses nouvelles de 1927 La confusion des sentiments à propos d'amour socratique d'un professeur pour l'un de ses élèves.

Mais tout comme sur cette « confusion des sentiments » pèse un lourd interdit dans l'Autriche de 1927, la « confusion des genres » incarnée par Rose dans le film lui sera fatale dans l'Allemagne d'empire de la première moitié du dix-septième siècle ravagée par la Guerre de Trente Ans.

À ce propos, si le caractère queer très marqué du film est généralement perçu de façon évidente, il n'est pas certain que la période historique dans laquelle se situe l'action soit toujours clairement identifiée, par les spectateurs/trices français/es en  général et en particulier par les spectateurs/trices auxonnais/es dont j'ai pu recueillir quelques impressions.

La cruauté de la Guerre de Trente Ans dans laquelle s'exarcébèrent les rivalités entre catholiques et protestants est caractéristique des guerres de religion.

Cette cruauté s'affiche sur le visage de Rose en forme d'une longue cicatrice touchant sa bouche et qui, si la blessure ne s'était refermée aurait pu faire d'elle, en référence au roman de Victor Hugo L'homme qui rit, une « femme qui rit ».

À l'heure où dans notre bonne ville fleurissent tant d'historiens passionnés autoproclamés, je me garderai bien de ce travers et plutôt que de vous conter par le menu la Guerre de Trente ans j'emprunterai plutôt à la littérature et aux arts graphiques deux exemples illustrant la cruauté qui s'y déchaîna et qui permettra sans doute à mes bienveillant(e) et patient(e)s lecteur(e)s de mieux situer le cadre temporel du film.

Je dois avouer ici ma curiosité pour la littérature allemande née de mes souvenirs scolaires entretenus et enrichis par la suite. Un bachelier germaniste du début des années 1960, s'il ne parlait pas couramment la longue de Gœthe avait au moins un bon aperçu de son œuvre et de celles de bien d'autres auteurs « classiques ».

J'ai ainsi dans ma bibliothèque un fort volume en édition bilingue des « Aventures de Simplicius Simplicissimus » de Grimmelshausen, fresque picaresque de la Guerre de Trente Ans, tout truffé de farces et d 'atrocités dont je vous ferai grâce. C'est en le feuilletant, car j'avoue ne l'avoir pas vraiment lu, que j'ai découvert que les soldats pillaient, massacraient ou mutilaient atrocement les paysans.

Et comme le démontre une célèbre gravure du graveur lorrain Jacques Callot (1592-1635), en lien ci-dessous, les paysans, au coin du bois, le leur rendaient bien. Pour reprendre l'expression de Georges Perec, je vous invite à contempler en image « l'Histoire avec sa grande hache » dans le PDF ci dessous

Nous interromprons là notre glose à propos de Rose, renvoyant nos lecteur(e)s aux critiques du film largement disponibles dans la presse et sur les réseaux sociaux.

Et ce, pour établir un parallèle hardi, sinon pertinent, entre le personnage de Rose, femme de champs de bataille et une célébrité locale de notre Val-de-Saône, elle aussi femme de champs de bataille dans une période passée plus proche de notre présent où les batailles ont déserté les champs pour courir les rues...

Nous parlons ici de Marie-Thérèse FIGUEUR (1774-1861) dite « Madame Sans-gêne »native de TALMAY qui fut dragon dans les armées de la Révolution et de l'Empire.

De ce dragon qui n'était pas en jupons, notre bonne ville possède un portrait en réserve.

Ce portrait fut naguère exposé au Musée Bonaparte où le public pouvait le voir sinon l'admirer.

Le hic, c'est que le-dit Musée Bonaparte est présentement fermé depuis une quinzaine d'années !

Un comble, me direz-vous pour une ville où l'histoire du-dit Bonaparte n'a jamais été autant claironnée sur diverses scènes et dans la presse !

En ces temps d'Halloween retrouvez le « Fantôme du Musée Bonaparte » en lien ci-dessous !

AUXONNE : LE FANTÔME DU MUSÉE BONAPARTE - du 14 mars 2026

Mais laissons là Napoléon, ses émules et ses fans, pour revenir à nos moutons, à Rose et à Thérèse dans l'image du jour où notre Thérèse de Talmay en couleurs à l'air bien timide en contrepoint de la sombre Rose d'outre-Rhin !

 

Rose et Thérèse

Rose et Thérèse

C.S. Rédacteur de Chantecler,

Auxonne, le 29 octobre 2026 (Jour 857 de la nouvelle ère de Chantecler)

Publié dans Côté cinéma

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Publié par Claude Speranza, Auxonnais